Damned

INTERVIEW MIKE ZECK

Kymera : Pouvez-vous nous parler de votre goût pour le dessin ? Comment celui-ci est-il apparu et avez-vous su dès le départ que vous vouliez faire de la BD ?

Mike Zeck : Mon goût pour les comics et le dessin remonte à aussi loin que je peux me souvenir. Je me rappelle que j’avais déjà un grand nombre de comics avant même d’entrer à l’école. Une fois rentré à l’école primaire, j’ai passé mes journées de classe à dessiner des super-héros et mes nuits à recopier des cases tirées de mes comics favoris. Lorsque l’on me demandait ce que je souhaitais faire une fois adulte, je répondais invariablement « dessinateur de bandes dessinées ». Cette passion et ce but sont toujours restés les mêmes.

Kymera : Quel genre de formation avez-vous suivie pour devenir artiste ?

Mike Zeck : Après le lycée, j’ai préféré aller dans une école d’art plutôt qu’à l’université. J’ai choisi le cursus d’illustration de trois ans que proposait la « Ringling School of Art and Design » à Sarasota (Floride). C’est ma seule expérience « académique », et par la suite je n’ai jamais eu l’opportunité de travailler en tant qu’apprenti. Mon style de dessin relève principalement de l’autodidactie.

Kymera : Quels ont été vos premiers travaux ? Cela a-t-il été difficile de se forger un nom dans la profession ?

Mike Zeck : Après m’être décidé à créer un portfolio présentant des pages de comics et à aller jusqu’à New York pour l’une des conventions BD afin de le montrer, il ne m’a guère fallu de temps pour obtenir ma première commande professionnelle. C’était une série d’illustrations accompagnant des récits présentés dans les titres de Charlton Comics mettant en scène des personnages de dessin animés. C’était vers le milieu des années 70, et je me suis rapidement retrouvé à faire des pages de BD pour leurs titres d’horreur. Charlton Comics a représenté pour moi une réelle opportunité d’apprendre et m’a préparé pour mes travaux à venir chez Marvel Comics.

Kymera : Vous avez travaillé sur des projets très divers. Préférez-vous œuvrer avec des castings aussi impressionnant que celui de Secret Wars ou sur des projets plus personnels tels que Damned ?

Mike Zeck : Je préfère de loin l’échelle réduite et plus réaliste de Damned. Ainsi mes goûts en matière de films me permettent plus d’apprécier une bonne série B originale et distrayante qu’un film à gros budget aussi prévisible que Star Wars. Il en va de même pour les comics. Je considère Damned comme la version BD d’une bonne série B, ce qui m’inspire beaucoup plus qu’un Secret Wars.

Kymera : Connaissez-vous la BD à l’européenne, et si oui que pensez-vous de ce format par rapport à la façon de travailler des artistes et éditeurs américains ?

Mike Zeck : J’ai d’abord découvert la bande dessinée européenne vers la fin des années 70 alors que je voyageais au Canada, et j’ai été très impressionné. J’ai ensuite fait quelques voyages à Paris dans les années 80 et suis à chaque fois rentré avec une valise pleine d’albums. Je trouvais que le format des albums et le fait que l’on permettait à l’artiste de prendre le temps dont il avait besoin pour compléter son histoire étaient bien supérieurs aux comics mensuels en couleur typiques des États-Unis. J’ai donc apprécié de voir le format « graphic novel » arriver ici.

Kymera : Cela fait maintenant plusieurs années que l’on n’a plus vu votre nom associé à une série régulière. Est-ce justement une décision prise en rejet de ce système assez stakhanoviste de votre part ?

Mike Zeck : Je suppose que ça l’est, dans un certain sens. Le gros problème des comics mensuels a toujours été la tenue des délais qui rendent très difficile le maintien d’une qualité constante. Je préfère de loin les projets sans date de remise, tels que couvertures, illustrations, etc.

Kymera : Peu de personnages Marvel ou DC ne sont jamais passés entre vos mains. Y en a-t-il justement un sur lequel vous aimeriez travailler mais n’avez encore jamais eu l’occasion de le faire ?

Mike Zeck : Pas vraiment. En tant que jeune lecteur, j’étais un grand fan de Spider-Man et Captain America. J’ai dessiné la série régulière Captain America durant trois ans, puis encore de nombreuses couvertures après cela. J’ai aussi dessiné le classique qu’est devenu « Kraven’s Last Hunt » dans Spider-Man, donc j’ai réalisé ces rêves.

Kymera : Steven Grant explique que vous avez dessiné très rapidement Damned. Pouvez-vous nous en dire plus quant à la façon dont vous avez travaillé sur ce titre ?

Mike Zeck : Je me considère comme un artiste « lent », je ne suis donc pas certain de pouvoir dire sérieusement que Damned a été dessiné « très rapidement ». Mon studio a quasiment servi de salle de rédaction pour Damned. L’intrique arrivait, je crayonnais les pages, les envoyait à Denis Rodier pour l’encrage, Denis me renvoyait les pages afin que je puisse les scanner et les préparer pour la couleur, puis j’envoyais les fichiers par email à Kurt Goldzung pour la mis en couleurs informatique, enfin elles me revenaient à nouveau afin de préparer les fichiers définitifs pour l’éditeur. Steven Grant écrivait le script à partir des pages terminées et fournissait les dialogues à l’éditeur pour que les bulles soient ajoutées.

Kymera : Pour conclure, auriez-vous quelque chose à ajouter à destination des lecteurs français qui pourront découvrir Damned dans quelques jours ?

Mike Zeck : Seulement leur dire qu’une bonne partie de Damned est le résultat direct de l’influence des artistes français et européens.
L’intérêt que je porte à nombre d’artistes dans ces albums m’a conduit à vouloir faire quelque chose d’un peu plus graphique, ayant plus ce côté européen. C’est ce qui a fait de Denis Rodier l’encreur parfait pour ce projet. Il a grandi au Canada français et a donc été plus influencé par les albums en français que par les comics américains. Lorsque nous avons discuté de l’approche du dessin pour Damned, il a immédiatement compris ce que j’avais à l’esprit, or lui aussi avait envie de réaliser un projet allant dans cette direction.
Il me semble donc approprié qu’une version française de Damned voit le jour puisque qu’une bonne part de ses influences viennent de France.

Kymera : Merci beaucoup, Mike.

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