Runners – Les Convoyeurs

L’AUTEUR

    Sean Wang

Sean WangIgnorant un test d’aptitude passé au lycée qui recommandait des carrières non conventionnelles telles que cascadeur, DJ, danseur ou marionnettiste, Sean Wang s’est inscrit au MIT où il obtint un diplôme en architecture. Il mit immédiatement de côté sa formation pour chercher du travail dans la bande dessinée.

Il débuta dans la profession en écrivant et dessinant des numéros spéciaux de The Tick, publiés par New England Comics. On retrouve son travail dans le Yule Log Special #1, Big Romantic Adventure, Summer Fun Special et le Back-to-School Special. Peu après, Sean commença à écrire et dessiner la série régulière The Tick and Arthur qui chroniquait les aventures de cette super équipe peu orthodoxe.

Sean commença à auto publier sa comédie de science-fiction Runners après la fin de son travail sur la série. Il pense continuer à travailler sur Runners durant de longues années et a récemment réalisé que les résultats de son test d’aptitude professionnelle n’étaient peut-être pas si faux que ça.

INTERVIEW SEAN WANG

    Kymera : D’où est venue l’envie de se lancer dans l’autoédition après avoir travaillé sur The Tick ?

    Sean Wang : En fait j’ai créé Runners et entièrement écrit le premier arc en 1994-95. Puisque j’habitais à Boston, je suis allé chez New England Comics, un éditeur local, pour voir si la publication de la série les intéressait. Ils ne voulaient pas lancer de nouveaux titres, mais ils ont apprécié mon boulot et m’ont proposé du travail sur les comics de The Tick. J’ai donc repoussé les débuts de Runners pour m’occuper de The Tick !

    J‘ai travaillé pendant plusieurs années sur les séries The Tick en tant que scénariste et dessinateur, mais aussi cool que cela ait été, je ressentais trop fortement le besoin de réaliser ma propre série de SF d’aventure. J’étais toujours très excité à l’idée de faire Runners et, durant toutes ces années à travailler sur The Tick, j’ai continué à imaginer des scénarios à faire vivre à mon univers. Cela a fini par donner une grande histoire épique et, au bout d’un moment, j’ai réellement eu envie de commencer à raconter cette histoire.

    C’est pourquoi j’ai quitté The Tick afin d’entamer Runners.

    Kymera : Quelle est la différence pour vous entre le travail sur The Tick et Runners, d’un point de vue créatif ?

    Sean Wang : J’ai beaucoup apprécié le travail sur The Tick et il n’y a pas une grande différence artistique entre ce que je faisais sur The Tick et Runners aujourd’hui, même si Runners demande une plus grande attention aux détails pour les vaisseaux et les architectures aliens. La plus grande différence concerne l’écriture. Pour autant que j’aie aimé écrire The Tick, je me sentais un peu limité par le fait qu’il s’agisse avant tout d’un titre humoristique. Je savais qu’il fallait conserver un ton léger et drôle et je n’ai jamais ressenti le besoin d’utiliser le titre pour raconter des histoires plus sérieuses. Avec Runners, j’ai un meilleur équilibre entre drame et comédie. Ça n’a pas besoin d’être drôle en permanence, je peux donc mieux me concentrer sur le développement des personnages et des thèmes plus sombres si j’en ai envie, et cela me donne une bien plus grande liberté en tant que scénariste.

    Kymera : Quelles sont vos sources d’inspiration pour Runners et jusqu’à quel point avez-vous développé cet univers ? On pense bien sûr à Star Wars ? la lecture du premier arc, dans le sens où il semble évident que vous avez déjà de nombreuses idées pour l’avenir de vos héros.

    Sean Wang : J’ai tiré l’inspiration pour Runners de nombreuses sources, pas toutes relatives à la science-fiction. Pour le côté aventures excitantes dans l’espace, les plus grandes influences directes sont bien sûr les premiers Star Wars. Mais j’aime aussi beaucoup le côté épique et les personnages nombreux et complexes du Seigneur des Anneaux, cela représente donc une source d’inspiration toute aussi importante.

    Au-del? de ces deux sources principales, je peux aussi tirer mon inspiration d’un peu n’importe quoi comme les relations mafieuses dans Le Parrain, les poursuites entre voleur et chasseur de primes dans Cours après moi shériff et Midnight Run ou l’ambiguïté morale du western de Clint Eastwood, Impitoyable.

    J’ai développé une bonne partie de cet univers tout en en conservant un pan pour plus tard. Je préfère laisser certains points ouverts afin que les personnages et évènements puissent inspirer de futures histoires dans cet univers. Mais j’ai principalement imaginé un immense récit de guerre épique (là encore influencée par Le Seigneur des Anneaux), le premier arc n’étant que l’introduction qui lance la mise en place des éléments débouchant sur cette grande histoire.

    Kymera : Le fait que Ciel fasse partie d’une armée de clones pourrait nous faire penser que quelque chose dans la lignée de L’Attaque des Clones se prépare dans Runners. Était-ce délibéré de votre part ?

    Sean Wang : En fait j’ai imaginé l’histoire en 1994-95, bien avant que les nouveaux Star Wars ne commencent à sortir. A ce moment-là tout le monde savait que les films étaient en cours de production, mais personne ne savait réellement de quoi ils allaient parler. Ma décision d’utiliser des clones en tant qu’éléments de l’intrigue n’était donc pas due à leur apparition dans ces films.

    Je suis surtout intéressé par l’angle humain. Tandis que les clones de Star Wars sont avant tout utilisés comme une immense armée de soldats identiques, j’ai décidé de prendre la direction contraire. Je suis plus intrigué par le concept de ce qui fait d’une personne qui elle est : son code génétique ou l’environnement dans lequel elle est élevée ? Je me suis toujours dit qu’il serait intéressant de suivre la même personne (ou plutôt ses clones) élevée par des gens différents, dans des conditions et des environnements différents afin de voir en quoi leurs personnalités et approches de la vie différeraient. C’est le point de départ que j’ai voulu explorer avec le personnage de Ciel. Alors que les clones de Stars Wars sont utilisés sur une échelle beaucoup plus grande (et impersonnelle), j’aimerais explorer l’idée du clonage à un niveau bien plus personnel et psychologique.

    Kymera : Pour en revenir à la création de Runners, pourquoi le choix du noir et blanc ? S’agit-il d’une décision financière ?

    Sean Wang : Le choix d’utiliser le N&B était en partie une décision financière, mais il était aussi basé sur des raisons esthétiques comme de production. Comme beaucoup le savent, l’impression en N&B est moins chère que l’impression couleur, en tant qu’éditeur indépendant il était donc plus facile pour moi de choisir le N&B.

    Mais plus significativement, j’apprécie vraiment l’aspect du N&B, particulièrement si l’on y ajoute du niveau de gris. Des titres comme Bone ou des séries manga comme Gunsmith Cats et Gunm m’ont montré que le N&B pouvait être aussi intéressant que la couleur et, dans nombre de ces cas, le N&B s’est avéré plus efficace que si la série avait été en couleur. Je suis persuadé que Runners rendrait très bien en couleur, mais je ne pense pas qu’il souffre pour autant de ne pas en avoir.

    D’une certaine façon, je crois que cela correspond parfaitement à mon concept pour cette série. Mon intention a toujours été d’explorer les diverses factions criminelles existant en marge de la loi (chasseurs de primes, mercenaires, voleurs, pirates et mafieux), mais non en les présentant bêtement comme des « méchants ». Je prévois plutôt de les traiter d’une façon qui montrera des degrés variables de moralité afin que chaque personnage apparaissent plus dans les niveaux de gris que comme un simple archétype tout noir ou tout blanc. Je crois donc que les tons de gris de l’album aident à promouvoir ce concept d’un point de vue artistique.

    D’un point de vue purement pratique, en tant que seul créateur à travailler sur ce titre, je trouve le N&B plus rapide que la couleur, ce qui est bien utile pour la production. Pour chaque numéro, c’est la couverture en couleur qui m’a posé le plus de problèmes, la mise en couleur n’étant pas mon point fort. C’est un véritable art que de savoir quelle couleur s’accommode de telle autre, lesquelles ne se complètent pas et tenteront chacune d’attirer l’attention, quelles couleurs feront ressortir une zone ou au contraire la mettront en retrait, et quelles couleurs rehaussent le mieux l’ambiance d’une scène donnée. Je n’ai pas suffisamment travaillé la couleur pour que cela me vienne naturellement, tout travail en couleur est donc un processus laborieux pour moi. Une grande partie de ce problème disparaît avec le N&B. Je peux réaliser des pages bien plus vite que je ne le ferais si je travaillais en couleur. Et cela me prend déjà trop de temps pour compléter un épisode. Je ne voudrais pas allonger encore les délais entre deux numéros !

    Kymera : Pouvez-vous nous en dire plus concernant le projet qui vous occupera avant de poursuivre Runners ?

    Sean Wang : Nous sommes encore en train de régler certains détails de dernière minute avec l’éditeur pour ce projet (y compris le choix du titre !), je préfère donc ne rien révéler jusqu’à ce que tout soit réglé. Je dirai juste qu’il s’agit d’une histoire de super-héros sur un héros mourant qui se penche sur sa vie et les nombreuses erreurs qu’il a commis durant. Le plus intéressant est que je me suis amusé avec plusieurs styles de dessin sur ce projet : clair et cartoonesque pour les années d‘enfance innocentes, puis qui devient de plus en plus sombre, torturé et réaliste tandis qu’il approche de la mort.

    Kymera : Pourquoi avoir choisi d’être édité par Image pour ce projet plutôt que l’auto-publier comme Runners ?

    Sean Wang : En fait ce n’est pas moi qui ai pris la décision de rouler avec Image pour ce projet. La scénariste de la série avait déjà signé avec eux. Il m’a contacté lorsque le premier artiste choisi a laissé tomber et j’ai décidé de me joindre à lui. La décision ne m’appartenait donc pas, mais je suis certain que j’aurais aussi choisi Image ! Je suis enthousiaste qu’Image publie ce titre, avec un lectorat plus large qui je l’espère en viendra à découvrir Runners.

    Kymera : Merci beaucoup, Sean.

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